il pleut et le ciel est gris en ce matin de septembre sur la normandie
pas un temps agréable........
plus un temps à rester au lit ou un temps à raconter des histoires autour d'un bon feu de cheminée :
un matin en me promenant je suis tombé sur une petite grand mère qui achetait du pain à la boulangerie, elle prenait tout son temps ( mais après tout en quoi étais je pressé?) et j'écoutais d'une oreille distraite sa discussion avec la vendeuse
- ..........le chapeau bleu que j'avais tant espéré revoir un jour, disait la grand mère
- à 95 ans, en effet quelle bonne surprise, répondait la boulangère
et la conversation s'arreta là, certainement dû à mon entrée dans leur monde
je pris ma baguette et me retrouvai rapidement sur le trottoir derrière la dame au " chapeau bleu".
je fus pris d'une brusque envie de lui parler et d'en savoir plus sur ce fameux chapeau bleu dont elle avait fait référence dans sa discussion :
-excusez moi madame ( poli l'alfred quand il veut) sans le vouloir je vous ai entendu parler avec la boulangère, et vous parliez d'un chapeau bleu. c'était quoi ce chapeau?votre chapeau de mariage?
-ahhhhhhhhh le chapeau bleu, toute une histoire y est attachée; une bien longue histoire....si elle vous interesse on a qu'à se retrouver sur le banc devant le lavomatique à 9h30 et je vous en parlerai plus librement. là je suis un peu pressé à cause de mes chats
un peu intrigué ........mais curieux, j'acceptais l'invitation de la dame
à 9h25 précise, je me suis installé sur le banc en face de mon cher lavomatique ( qui est redevenu mon cher lavomatique!)
à 9h29, "ma" grand mère est arrivée, trainant un cadis derrière elle
- rebonjour madame
- rebonjour jeune homme ( euhhhhhh je ne suis plus un bébé...)
-vous allez faire vos courses?
-tu veux que je te raconte mon histoire de chapeau bleu ou tu es venu pour faire des mondanités?
-euhhhhhhhhh je vous écoute
-bien bien!quand j'avais 25 ans, en 1936, l'année du front populaire de blum et l'année des congés payés, mais tu es trop jeune pour savoir cela ( euhhhhhhh meme pas vrai!!!). donc cette année là, on a découvert les congés payés, et avec mon mari de l'époque ( j'ai été mariée 4 fois) on a décidé de partir quelques jours à cabourg au bord de la mer.Pour nous c'était le début de l'aventure, le grand départ....bref tu devines notre impatience.
-quelle expérience, reussis je à dire pour bien montrer que je suivais la discussion avec intérêt
-une heure de bus, rien que le voyage nous coutait déjà cher. on avait reservé dans un petit hotel pour 5 nuitées ( "séjour à l'hotel", dans les mots flechés). Dès que nos maigres bagages furent installés dans notre nid d'amour, nous nous rendimes immédiatement à la plage. Assis, les cheveux au vent ( et quel vent en normandie), nous humions avec delectation l'air iodé, remplis d'un sentiment de plaisir et de satisfaction ( merci Blum pour cette semaine de detente). mon mari voulu faire une promenade les pieds dans l'eau, mais n'ayant pas envie d'enlever mon vernis à ongles (de pieds) je restais assis dans le sable. une fois mon mari au loin, j'en profitais pour jeter un regard aux personnes nous environnant, des hommes et des femmes de tous les âges.....profitant comme nous de cette belle journée. Subitement, une femme passa devant mon champ de vision, obscurcissant immédiatement toute ma vue et m'empechant de voir autre chose que sa robe verte à grosses fleurs . ne rigole pas jeune homme, c'était la mode en 1936!!!ahhhhhhhhhh ces jeunes!! Cette femme se campa devant moi et me demanda si j'étais seule, je lui répondis que j'étais avec mon mari qui se promenait au loin, les pieds dans l'eau. Brutalement, sans préalable, elle me demanda si j'étais heureuse, ce à quoi je lui répondis sans peine ( du moins officiellement) que j'étais une femme heureuse et épanouie. De bloc, elle me répondit qu'elle n'avait pas le temps mais qu'elle souhaitait me revoir en tete à tete pour me parler." ce soir, 19h00 devant notre hôtel, la petite porte qui sort par l'arrière". Et sur ces paroles elle laissa assise dans le sable....
-mais qu'est ce qu'elle vous voulait?
-ne sois donc pas impatient. mon mari étant fatigué, il fit une petite sieste, et je n'eus donc aucune peine à le laisser seul dans la chambre d'hotel pour me rendre à ce rendez-vous ( mais était ce un rendez vous?). A 19h00, j'étais devant la porte de sortie arrière, elle arriva rapidement et sans préambule me serra dans ses bras et m'embrassa passionnément. Prise de court, je ne sus comment réagir, mais le contact de ses lévres et de sa langue sur moi m'ennivrèrent et me firent perdre mes moyens. Je faillis chavirer, et sans son soutien je me serais ecroulée à même le sol. au bout de quelques secondes, je réussis à retrouver un peu d'assurance pour lui demander à quoi rimait cette comédie. " dès que je vous ai vu j'ai eu envie de vous embrasser, mais c'est si mal perçu de nos jours" ( ce qui était vrai, en 1936, les moeurs étaient très conservatrices, pour ne pas dire plus). je ne savais plus quoi répondre, une telle franchise me laissait pantoise et ebaubie ( encore un mot des mots flechés). que dire? que faire? quoi penser? que dirait mon mari? que diraient mes voisins? Que des questions se bousculaient dans ma tête, sans aucune réponse toutefois. Mais au fond de moi, j'avais été touchée et émue par ce baiser langoureux. prise d'un coup de folie je lui demandais de me laisser son chapeau ( bleu, vous l'aviez compris) en gage de souvenir et de se retrouver tous les soirs à la même heure pour echanger des baisers, voire plus ( si affinités).
- mais et votre mari, il n'allait pas faire la sieste tous les soir à 19h00?
-les somnifères existaient déjà à cette époque, un peu plus concentrés et dur d'utilisation que maintenant, mais j'avais réussi à m'en procurer auprès de l'apothicaire ( le pharmacien de maintenant) de la grande rue de cabourg. Nous passâmes 3 soirs formidables à discuter, rire, et même plus. je n'avais jamais été aussi heureuse de toute ma vie; je ne quittais plus son chapeau bleu, synonyme pour moi de liberté et d'épanouissement personnel. Le dernier soir de notre séjour, j'attendis pendant plus d'une heure son arrivée devant la porte de la sortie arrière de l'hotel, mais elle ne vint jamais et je ne la revis plus jamais. De rage et de desespoir ( ohhhhhhhrage ohhhhhhhhh désespoir...)je jetais son chapeau bleu au loin dans l'eau et lui aussi je ne le revis plus jamais.........jusqu'à la semaine dernière où une dame est venue me voir avec ce chapeau sur la tête ( de nos jours plus beaucoup de personnes mettent des chapeaux) et immédiatement ces souvenirs enfouis sont remontés à la surface, accompagnés de la douleur de ces instants de bonheurà jamais disparus.
-et cette dame avec ce chapeau c'était qui? celle qui est venue vous voir avec ce chapeau sur la tête?
-ce n'était pas mon chapeau d'il y a 70 ans, mais il y ressemblait. la dame, c'était une commerciale qui voulait me vendre une assurance....
-aucun rapport..........avec votre amie de l'époque
-aucun, mais maintenant que vous savez que mon histoire date un peu et qu'elle n'a rien de rare....je vais aller faire mes courses à monoprix.
elle me planta là, un peu dépité car j'aurais eu plein d'autres questions à lui poser, mais je ne voyais déjà plus que son cabas......
NB: ceci est bien sur une fiction :)